Nutricosmétiques: Bien les conseiller en parapharmacie

Gélules « cheveux et ongles », poudres de collagène, cures « éclat du teint » : la nutricosmétique occupe désormais des linéaires entiers en officine et en parapharmacie. Derrière le comptoir, la question n’est pas de savoir quel produit est « le meilleur », mais ce que l’on a le droit d’en dire, à qui le proposer et quand le déconseiller. En tant que docteure en pharmacie passée par l’officine et par les laboratoires dermo-cosmétiques, je vous propose une grille de lecture réglementaire et pratique pour conseiller ces produits avec rigueur.

Complément alimentaireAllégations autoriséesPrécautions au comptoir

Qu’est-ce que la nutricosmétique ? Un complément alimentaire, ni cosmétique ni médicament

Le mot n’a pas de définition légale. Il désigne, dans l’usage, des compléments alimentaires dont la présentation cible la peau, les cheveux ou les ongles. Leur statut, lui, est parfaitement défini : ce sont des compléments alimentaires, c’est-à-dire, selon le décret n° 2006-352 du 20 mars 2006, « les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal », constituées d’une source concentrée de nutriments ou d’autres substances et présentées sous forme de doses (gélules, comprimés, sachets, ampoules).

Pas un cosmétique

Il n’est pas soumis au règlement cosmétique et n’agit pas « en surface ». Les règles des cosmétiques sont détaillées dans notre article sur la réglementation cosmétique.

Pas un médicament

Il ne peut revendiquer aucune propriété de prévention, de traitement ou de guérison d’une maladie.

Du droit alimentaire

Il relève du droit alimentaire, avec ses propres règles de composition, d’étiquetage et d’allégations.

Le cadre réglementaire des compléments alimentaires

Au niveau européen, la directive 2002/46/CE pose la définition et les grands principes. En France, elle est transposée par le décret n° 2006-352, qui encadre la composition, l’étiquetage et la déclaration des produits avant leur première mise sur le marché.

Point d’actualité : depuis septembre 2025, les déclarations passent par l’outil Compl’Alim, auprès des services du ministère de l’Agriculture (DGAL), qui a repris la police sanitaire de ce secteur.

L’étiquette d’un complément alimentaire doit notamment comporter :

  • ✓la portion journalière recommandée ;
  • ✓un avertissement indiquant qu’il est déconseillé de dépasser la dose journalière indiquée ;
  • ✓une mention rappelant que le produit ne remplace pas une alimentation variée ;
  • ✓un avertissement indiquant que le produit doit être tenu hors de portée des jeunes enfants.

Le décret interdit aussi toute mention affirmant ou suggérant qu’une alimentation équilibrée et variée ne suffirait pas. Ces mentions sont de bons appuis pour votre discours au comptoir.

Allégations de santé : le registre européen comme seule boussole

Ce qu’un fabricant, et par extension un conseiller, peut affirmer est encadré par le règlement (CE) n° 1924/2006 sur les allégations nutritionnelles et de santé. Les allégations autorisées sont listées dans le règlement (UE) n° 432/2012 et dans le registre européen des allégations. Une formule absente de cette liste n’est pas autorisée, même si elle figure sur des sites de marques.

Pour la peau, les cheveux et les ongles, les formulations autorisées sont sobres : « contribue au maintien d’une peau normale », « contribue au maintien de cheveux normaux ». Rien sur la pousse, la chute, les rides ou l’acné.

Retenez ce réflexe : votre conseil doit reprendre ces mots-là, et pas ceux du marketing.

Les principaux actifs nutricosmétiques et ce que permettent les allégations

Actif Allégation autorisée (règlement 432/2012)
Biotine Contribue au maintien de cheveux normaux ; d’une peau normale
À savoir : Interfère avec certaines analyses de laboratoire (voir plus bas)
Zinc Contribue au maintien de cheveux normaux, d’ongles normaux et d’une peau normale
À savoir : Vérifier le cumul avec d’autres compléments
Sélénium Contribue au maintien de cheveux normaux ; d’ongles normaux
À savoir : Vérifier le cumul avec d’autres compléments
Vitamine C Contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale de la peau
À savoir : C’est cette allégation qui figure souvent sur les produits « collagène »
Cuivre Contribue à la pigmentation normale des cheveux ; de la peau
Vitamine A Contribue au maintien d’une peau normale
À savoir : Prudence en cas de grossesse ou de projet de grossesse
Riboflavine, niacine, iode Contribuent au maintien d’une peau normale
Collagène Aucune allégation de santé propre
À savoir : L’EFSA n’a pas établi de lien de cause à effet pour l’élasticité de la peau

Pour chaque allégation, une condition s’applique : le produit doit apporter au moins une quantité significative du nutriment concerné. Le cas du collagène est instructif : l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu en 2013 qu’un lien de cause à effet n’était pas établi entre un hydrolysat de collagène et l’élasticité de la peau. Les produits « collagène » s’appuient donc en général sur la vitamine C qu’ils contiennent.

Soin externe et approche interne : construire un conseil complémentaire

La nutricosmétique ne remplace ni un soin adapté au type de peau ni l’hygiène de vie. Un conseil cohérent commence par la peau elle-même : diagnostic de l’état cutané, nettoyage, hydratation, photoprotection. Le complément alimentaire peut ensuite être évoqué comme un appui, en rappelant qu’il ne se substitue pas à une alimentation variée.

Au comptoir, cette complémentarité se traduit simplement : proposer d’abord la routine cosmétique adaptée, puis, si la cliente le demande, expliquer ce qu’un complément peut et ne peut pas apporter, avec les mots des allégations autorisées. Ce discours honnête rassure, fidélise et protège l’équipe d’un risque de promesse trompeuse.

Quand orienter vers un médecin : toute chute de cheveux importante ou brutale, toute modification des ongles ou lésion de la peau qui persiste.

Précautions et questions à poser au comptoir

Un complément alimentaire n’est pas anodin. Avant de conseiller, posez systématiquement quelques questions :

Êtes-vous enceinte, allaitez-vous ou avez-vous un projet de grossesse ?

L’ANSES recommande de ne pas consommer de compléments alimentaires pendant la grossesse sans l’avis d’un professionnel de santé. Elle rappelle aussi que l’excès de vitamine A est associé à des malformations congénitales et qu’une très grande prudence est de mise en cas de grossesse ou de désir de grossesse.

Prenez-vous un traitement ?

En cas de doute sur une interaction, orientez vers le pharmacien ou le médecin.

Prenez-vous déjà d’autres compléments ?

L’ANSES met en garde contre la multiplication des sources de vitamines et minéraux en l’absence de besoin établi. Les cures « cheveux », « immunité » et « fatigue » contiennent souvent les mêmes nutriments.

Fumez-vous ?

Selon l’ANSES, la supplémentation en bêta-carotène chez le fumeur augmente le risque de cancer du poumon. Les produits « bronzage » ou « teint » en contiennent fréquemment.

Avez-vous une prise de sang prévue ?

L’ANSM a alerté sur l’interférence de la biotine avec certains dosages biologiques (immunodosages : dosages hormonaux, marqueurs, sérologies), avec des résultats faussement bas ou faussement élevés. La personne doit signaler au laboratoire toute prise de biotine, y compris via un complément alimentaire.

Un effet indésirable ?

Tout effet indésirable suspecté peut être déclaré au dispositif de nutrivigilance de l’ANSES, ouvert aux professionnels de santé comme aux particuliers.

Se former au conseil dermo-cosmétique

Bien conseiller la nutricosmétique suppose de maîtriser d’abord la peau, les soins et la réglementation. C’est le fil conducteur de notre formation dermo-cosmétique en ligne, conçue pour les équipes officinales, les esthéticiennes et les personnes en reconversion vers le métier de dermo-conseillère. Si vous visez un poste en point de vente, la formation vendeur en parapharmacie à distance comprend un module consacré à la nutrition et aux compléments alimentaires. Et pour un projet de conseil beauté, découvrez la formation conseillère beauté à distance.

FAQ : nutricosmétique

La nutricosmétique est-elle un cosmétique ?

Non. Malgré son nom, un produit de nutricosmétique est un complément alimentaire. Il relève du droit alimentaire (directive 2002/46/CE, décret n° 2006-352) et non du règlement cosmétique.

Peut-on dire qu’un complément fait pousser les cheveux ?

Non. Seules les allégations autorisées par le règlement (UE) n° 432/2012 peuvent être utilisées, par exemple « la biotine contribue au maintien de cheveux normaux ». Les promesses de pousse, d’action « anti-chute » ou « anti-rides » ne sont pas autorisées.

Le collagène en complément a-t-il une allégation autorisée ?

Non, le collagène n’a pas d’allégation de santé propre. Les produits qui en contiennent s’appuient généralement sur la vitamine C, qui « contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale de la peau ».

Faut-il arrêter la biotine avant une prise de sang ?

La biotine peut fausser certains dosages biologiques. L’ANSM demande d’informer le laboratoire de toute prise de biotine. La conduite à tenir doit être vue avec le médecin ou le biologiste.

Une femme enceinte peut-elle prendre une cure beauté ?

Pas sans l’avis d’un professionnel de santé, selon l’ANSES. Les produits contenant de la vitamine A (rétinol) demandent une prudence particulière pendant la grossesse ou en cas de projet de grossesse.

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Marie Mori, docteure en pharmacie, master en dermo-cosmétique (Université Claude Bernard Lyon 1), dirigeante de l’organisme AdhocPharma.

Sources : directive 2002/46/CE ; décret n° 2006-352 du 20 mars 2006 ; règlement (CE) n° 1924/2006 ; règlement (UE) n° 432/2012 ; avis de l’EFSA (2013) sur un hydrolysat de collagène ; recommandations de l’ANSES sur les compléments alimentaires ; alerte de l’ANSM sur la biotine.

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Portrait de Marie Mori souriante, assise devant un mur de briques anciennes, portant un blazer blanc et un t-shirt décontracté.

Marie Mori

Marie Mori

Docteure en pharmacie depuis plus de 15 ans, j’allie rigueur scientifique et approche globale pour promouvoir une santé intégrative et naturelle.

  • Expertise & Terrain : Titulaire d’un Master en cosmétologie et d’un DU en phyto-aromathérapie scientifique (formée chez Pierre Fabre), j’exerce concrètement en milieu médicalisé (CHU et EHPAD).

  • Parcours & Conseil : Après 12 ans dans l’industrie pharmaceutique comme directrice des ventes, je suis consultante en dermo-cosmétique pour Pharmactiv et collabore avec OCP Formation et les CFA.

  • Transmission : Ayant formé plus de 10 000 personnes, je suis formatrice CQP aromathérapie/phytothérapie à Purple Campus, accréditée IFA (International Federation of Aromatherapists) et conférencière.

Marie Mori

Docteure en pharmacie depuis plus de 15 ans, j’allie rigueur scientifique et approche globale pour promouvoir une santé intégrative et naturelle.

  • Expertise & Terrain : Titulaire d’un Master en cosmétologie et d’un DU en phyto-aromathérapie scientifique (formée chez Pierre Fabre), j’exerce concrètement en milieu médicalisé (CHU et EHPAD).

  • Parcours & Conseil : Après 12 ans dans l’industrie pharmaceutique comme directrice des ventes, je suis consultante en dermo-cosmétique pour Pharmactiv et collabore avec OCP Formation et les CFA.

  • Transmission : Ayant formé plus de 10 000 personnes, je suis formatrice CQP aromathérapie/phytothérapie à Purple Campus, accréditée IFA (International Federation of Aromatherapists) et conférencière.